Par Pauline Leduc, le 09.08.2016 à 18h45 (mis à jour le 10.08.2016 à 09h53) Un premier roman par jour

Anaïs Llobet, "Les mains lâchées", aux éditions Plon

Anaïs Llobet - B. KLEIN

Tous les jours pendant l'été, Livres Hebdo présente un premier roman de la rentrée littéraire 2016. Aujourd'hui, Les mains lâchées d'Anaïs Llobet, aux éditions Plon.

"J'entends les cris des enfants sur la plage.” Voilà la première phrase des Mains Lâchées, premier roman de la journaliste Anaïs Llobet à paraître le 18 aout chez Plon, qui plonge le lecteur à Tacloban, ville nichée au cœur de la myriade d'îles des Philippines quelques heures avant le passage du meurtrier typhon Yolanda. Dans cet avant, Madel, la narratrice, jeune journaliste française pour une chaîne de télévision de l'archipel se prépare à vivre l'arrivée de l'ouragan aux côtés de son ami, Jan, un chirurgien esthétique philippin. Habitués à la violence du ciel, les habitants de l'île ont fait le plein de réserves et se sont réfugiés dans des bâtiments publics, loin de leurs cabanes aux toits fragiles. Protégés par les murs de la luxueuse maison de Jan, le couple, une amie et un petit garçon attendent au rythme des rafales.

C'est à l'après, alors que trois vagues successives ont balayé les Philippines, que s'attache l'essentiel du récit de Madel. Alors que Jan et l'enfant qu'il lui avait confié ont disparu, elle a survécu. Plongée au cœur de cette catastrophe - qui a emportée plus de 7000 personnes, vers laquelle les médias du monde entier se tournent, la journaliste tente d'anesthésier son chagrin en se jetant dans le travail. Jour après jour, en équilibre précaire entre information et voyeurisme, elle va rapporter l'innommable, recueillir la parole des survivants tout en nouant des liens avec eux et raconter leur "Yolanda". 

Avec ce romanAnaïs Llobet prend fermement les lecteurs par la main pour les entraîner dans un univers post-apocalyptique ou même les bayani - héros en Philippin - du quotidien perdent espoir. A l'opposé du récit tire larmes qu'on aurait pu craindre sur un tel sujet, l'auteure tisse un beau roman sous tension à la pudeur remarquable qui soulève avec finesse les problèmes, particulièrement d'actualité, du traitement de l'information face à l'horreur. Une réflexion qui s'appuie sur sa propre expérience : comme son héroïne, Anais Llobet est journaliste, et comme elle, elle était aux Philippines lorsque le typhon Yolanda, aussi nommé Haiyan, a dévasté le pays en 2013. Si son roman ne verse pas dans l'écueil du pathos on peut simplement regretter qu'il tienne un peu trop à distance le lecteur qui vit ce récit comme à un travers un filtre journalistique. 

Anais Llobet, ex-freelance à Manille, est journaliste pour l'Afp à Moscou. Elle a été lauréate du concours organisé par le Haut-Commissariat aux Nations Unies pour les réfugiés.

close

S’abonner à #La Lettre